Quitter son emploi volontairement peut se faire de deux manières principales : la démission, acte unilatéral du salarié, ou la rupture conventionnelle, procédure amiable nécessitant l'accord de l'employeur. Ces deux modes de rupture ont des conséquences radicalement différentes sur vos droits, notamment en matière d'allocation chômage et d'indemnités de départ.

Les différences clés

CritèreDémissionRupture conventionnelle
InitiativeSalarié seulAccord mutuel
Accord employeur requis ?NonOui
Indemnité de départNon (sauf convention)Oui (minimum légal)
Droit à l'ARE immédiatNon (sauf démission légitime)Oui (après délais)
Délai de rétractationNon15 jours calendaires
Durée de la procédurePréavis (1 à 3 mois)Min. 45 jours
PréavisOui (sauf dispense)Non obligatoire

L'accès à l'ARE

C'est souvent le critère décisif. En cas de démission, vous n'avez pas droit à l'ARE, sauf si votre démission est considérée comme légitime par France Travail (suivi d'un conjoint muté, non-paiement de salaire, harcèlement reconnu, reprise d'activité qui ne se poursuit pas, etc.). La liste des cas de démissions légitimes est fixée par le règlement d'assurance chômage.

Depuis novembre 2019, il existe également un droit à l'ARE après démission pour reconversion professionnelle : si vous pouvez justifier d'un projet de formation ou de création d'entreprise sérieux, validé par un Conseil en Évolution Professionnelle (CEP), vous pouvez percevoir l'ARE après 5 ans d'affiliation continue. Ce dispositif est distinct de la démission classique.

En cas de rupture conventionnelle, l'accès à l'ARE est de droit dès 6 mois de travail sur les 24 derniers mois, avec un délai de carence (7 jours + différé spécifique lié à l'indemnité supra-légale).

Les indemnités

La démission ne donne droit à aucune indemnité de rupture, sauf disposition conventionnelle plus favorable (rare). En revanche, vous percevez l'intégralité de votre solde de tout compte : congés payés non pris, prorata de primes, heures supplémentaires, etc.

La rupture conventionnelle donne droit à une indemnité spécifique dont le montant minimum est identique à l'indemnité légale de licenciement : 1/4 de mois par an jusqu'à 10 ans d'ancienneté, 1/3 de mois par an au-delà. Cette indemnité est exonérée d'IR et de cotisations sociales dans la limite de 2 × PASS (96 120 € en 2026). Les parties peuvent librement négocier un montant supérieur.

Quand choisir l'une ou l'autre ?

Préférez la démission si : vous avez une nouvelle opportunité professionnelle en CDI immédiatement, si le délai de la rupture conventionnelle est incompatible avec votre prise de poste, ou si vous souhaitez partir rapidement sans avoir besoin de l'ARE ni de l'indemnité de départ.

Préférez la rupture conventionnelle si : vous souhaitez percevoir l'ARE pour financer une période de transition, si votre ancienneté vous donne droit à une indemnité significative, ou si vous avez un projet de reconversion qui nécessite du temps et des ressources financières. L'accord de l'employeur est cependant indispensable, et certains employeurs peuvent refuser ou retarder la procédure.

Dans tous les cas, négociez d'abord informellement avec votre employeur avant d'engager une procédure formelle. Une rupture conventionnelle bien négociée peut aboutir à une indemnité sensiblement supérieure au minimum légal.

À retenir
  • La démission n'ouvre pas droit à l'ARE, sauf démission légitime ou projet de reconversion (5 ans d'affiliation).
  • La rupture conventionnelle ouvre droit à l'ARE dès 6 mois de travail et donne une indemnité minimum légale.
  • L'indemnité de rupture conventionnelle est exonérée d'IR jusqu'à 2 × PASS (96 120 € en 2026).
  • La procédure de rupture conventionnelle dure au minimum 45 jours : incompatible avec un départ immédiat.
  • L'employeur peut refuser la rupture conventionnelle ; la démission reste le seul droit unilatéral du salarié.

Estimez votre indemnité légale de rupture conventionnelle selon votre salaire et votre ancienneté.

Calculer mon indemnité de rupture →

Questions fréquentes

Peut-on rompre un CDD par rupture conventionnelle ?
Non. La rupture conventionnelle est réservée aux CDI du secteur privé. Un CDD peut être rompu avant son terme uniquement dans des cas limitativement prévus par la loi : accord des parties, faute grave, force majeure, ou embauche en CDI (dans ce cas, le salarié doit respecter un préavis).
En cas de démission, peut-on réclamer l'ARE après 4 mois ?
Ce mécanisme, parfois appelé "réexamen après 4 mois de chômage", n'existe plus dans sa forme historique depuis la réforme de l'assurance chômage. Depuis les réformes récentes, la seule voie pour une démission ouvrant droit à l'ARE est la démission légitime ou le projet de reconversion avec 5 ans d'affiliation. Renseignez-vous auprès de France Travail pour votre situation précise.
La négociation d'une rupture conventionnelle peut-elle durer longtemps ?
Il n'y a pas de délai légal pour les négociations préalables à la signature. Le délai minimal légal (rétractation 15 j + homologation 15 j ouvrables) s'applique seulement à partir de la signature de la convention. En pratique, des entreprises ou des salariés prennent parfois plusieurs mois à s'entendre sur le montant de l'indemnité.